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INTERVIEW - Fabrice Midal est philosophe et fondateur de l’École occidentale de méditation. Il lance à chacun un appel à se «lâcher la bride».

 

LE FIGARO. - Enseignant en méditation, pourquoi lancez-vous aujourd’hui à chacun un appel à se «lâcher la bride»?

Fabrice MIDAL. - Voilà maintenant une vingtaine d’années que j’enseigne la méditation, et, dernièrement, je me suis rendu compte à quel point nous sommes tous pris - mes élèves comme moi-même ou nos contemporains - dans des injonctions permanentes à faire mieux, ou davantage, ou en moins de temps. Du matin au soir, nous nous entendons répéter qu’il faut être ceci, ou cela, agir comme-ci ou comme ça, et ces injonctions qui, peu à peu, deviennent intérieures s’ajoutent les unes aux autres. Lorsque je me dis: «Il faut que je réponde à tous mes mails aujourd’hui», même à ceux qui ne sont pas urgents, je me mets moi-même sous pression. Je me sens coupable de souffler pour un moment. Tout le temps, il faut faire mieux, plus vite, être plus performant. Cela ne peut que nous apporter de la frustration. Foutons-nous donc la paix!

iYokuna Blog FMidal02

 

Rencontrez-vous ces obligations de performance même en matière de méditation?

Bien sûr, beaucoup aujourd’hui viennent à la méditation avec l’idée d’un défi à accomplir, un objectif de sérénité. Celui-ci engendre la frustration de ne pas arriver à atteindre ce dont on nous a dit qu’il devait être l’apport d’une pratique méditative. Il y a ainsi l’idée d’une sagesse à incarner, puis la culpabilité de ne pas y parvenir. Cela vient beaucoup du fait qu’on a mal traduit l’expression «mindfulness meditation», en la dénommant «méditation de pleine conscience». Ce terme a induit une intellectualisation de la pratique dans un esprit cartésien, alors qu’il s’agit bien plutôt d’une pleine présence à ce qui se passe en soi, et notamment dans son corps.

 

Mais s’agit-il alors de se foutre de tout, comme nous y invitent aujourd’hui quelques auteurs du développement personnel, ou de ne rien faire?

Au contraire! Se foutre la paix, c’est enlever la pression, ce n’est pas arrêter d’agir! Je peux y arriver simplement en changeant de perspective. Par exemple, j’ai un projet à présenter au boulot. J’ai travaillé, je connais mon dossier, mais j’y vais avec une boule au ventre: et si ça ne marche pas? Et si ça ne plaît pas? Je stresse, j’angoisse de ne pas pouvoir tout contrôler. Pourtant, j’ai fait ce que j’avais à faire. Vient un moment où il ne me reste plus qu’à me foutre la paix et faire avec la situation. C’est là où j’ai le plus de chance de réussir ma présentation! Dans le livre, je montre comment réussir ce geste - qui consiste à laisser faire la vie en soi pour découvrir que celle-ci offre naturellement des forces de progrès et de guérison.

 

Mais suffit-il de se dire à soi-même «Fous-toi la paix!» pour y arriver?

Oui, je suis persuadé que cette injonction paradoxale suffit. Elle suffit à suspendre le désir de perfection, de réussite, qui nous étreint. Mais encore faut-il savoir l’appliquer au bon endroit et au bon moment! C’est le discernement, alors, qui importe pour savoir quand il est temps de se foutre la paix. Pour certains, cela implique d’accepter de ne pas être parfait, pour d’autres d’accepter de ne pas être aimé, de ne pas être calme, de se relier autrement à leurs émotions…

 

N’est-ce pas là aussi le but de toute forme de psychothérapie?

Absolument. Qu’il s’agisse de la psychanalyse ou de l’hypnose , des thérapies nouvelles comme ACT, celles-ci ne demandent pas un travail volontaire pour contrôler ce qui se passe en nous, mais nous invitent plutôt à reprendre goût à la vie en nous, à laisser faire celle-ci. C’est aussi la découverte des grands travaux neuroscientifiques actuels - les livres de la pédiatre Catherine Gueguen sur une éducation bienveillante et accueillante -, qui nous invitent à davantage «être» que «faire» - pour s’épanouir positivement. Je crois que le mouvement que je présente est au fond le cœur même de toute thérapeutique.

SOURCE : LE FIGARO

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